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LE BLOG DE MIG

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Auteurs, le vent se lève

Auteurs, le vent se lève

Auteurs, le vent se lève

Lettre destinée aux rédactions établie par le SNAC (Syndicat des Auteurs de BD)

Aujourd'hui, les auteurs sont en colère. Ces dernières années, nous avons subi un étouffement lent et progressif. Nous surnagions encore... Mais voici qu'on nous porte le coup de grâce de la plus absurde des façons. Une réforme a été votée « pour notre bien » qui devrait secouer sérieusement le marché du livre et ses 80 000 emplois d'ici les prochaines élections présidentielles.

En effet, le RAAP (Régime des Artistes Auteurs Professionnels) nous a récemment annoncé qu'à compter de janvier 2016 nous devrons cotiser à hauteur de 8 % de nos revenus pour financer notre retraite complémentaire obligatoire. Cette réforme doit prochainement être ratifiée par le ministère des affaires sociales. Pour nous, auteurs, il est vital qu'elle soit sérieusement repensée car, en l'état, elle signifiera une mise à mort pour nombre d'entre nous.

Même si nous sommes favorables à toute réforme qui permettrait d'assurer de meilleurs revenus aux auteurs retraités, comment se priver de presque un mois de revenus quand la plupart d'entre nous bataillent déjà sous la limite du SMIC ? Depuis cette annonce, plusieurs auteurs et non des moindres ont annoncé abandonner le métier.

Vous trouverez ci-joint notre lettre ouverte à Madame Filippetti, ratifiée par plus de 700 auteurs (en moins de cinq jours) ainsi que quelques images pour illustrer vos éventuels articles.

Les auteurs de BD sont les plus fédérés, et donc les plus réactifs. Toutefois, nous sommes suivis de près par les autres organisations regroupées au sein du CPE (Conseil Permanent des Ecrivains), qui avait déjà tiré la sonnette d'alarme lors du dernier Salon du Livre.

Nous avons besoin de vous pour relayer notre message. Les enjeux dépassent de loin le simple confort de vie d'une poignée de personnes. En effet, nous aimerions attirer votre attention sur deux points :

1) L'économie du livre (5,6 milliard d'euros) et 80 000 emplois menacés.

Il serait facile de se laisser aller à des arguments fallacieux, tels ceux tenus par des membres du RAAP lors de notre rencontre, selon lesquels "auteur" est une activité secondaire, pas un métier.
Auteur, pas un métier ? Pourtant, les auteurs professionnels (tous secteurs confondus) représentent 47000 personnes en France. Dans un pays où le taux de chômage est croissant, les auteurs créent leur propre emploi. Mieux, ils sont à l'origine de milliers d'autres. Sur le plan économique, l'industrie culturelle est la quatrième plus rentable de France. Sans parler de la vitrine qu'il représente à l'étranger, le marché du livre représente 80 000 emplois et 5,6 milliards d'euros. Les auteurs sont à l'origine de cette richesse.

2) Une culture appauvrie, une culture d’élite ?

La Bande Dessinée et la littérature jeunesse, à simple titre d'exemple, sont des secteurs où les auteurs "accessoires" (qui exercent un autre métier à temps plein) sont rares. Qu'en adviendra-t-il si nous disparaissons ? L'offre culturelle si riche et si chère à notre pays ne serait-elle pas réduite à peau de chagrin ?

Nous avons besoin de vous pour relayer notre message. Notre profession est en danger, mais c'est aussi toute une industrie qui est menacée. La situation est ubuesque : on va financer la retraite de demain par la précarité d'aujourd'hui.

Nous ne demandons qu’à stopper cette aberration administrative.

Nous ne sommes pas opposés au principe d'une réforme juste et concertée, mais il en va de notre survie.

Nous nous tenons à votre disposition pour toute demande.

Cordialement

Le SNAC BD
info@syndicatbd.org

Pour aller plus loin, un mot sur le comment de cette réforme...

L'Europe aurait demandé que les cotisations aux retraites complémentaires soient dorénavant indexées en pourcentage sur les revenus. Quoi de plus normal ? Mais c'est le conseil administratif du RAAP, composés d'artistes et d'auteurs dont la moyenne d'âge excède celle des cotisants (soit 46 ans), qui a fixé le taux à 8%.
Aucune étude n'a été faite sur l'impact que ces cotisations auront sur le niveau de vie des auteurs.
Aucune étude précise n'a pu être communiquée sur le « pourquoi » ou le « comment » de ces 8%.
Avec cette nouvelle réforme, il y aura beaucoup de cotisants pour peu de bénéficiaires. Le C.A. de l’IRCEC a choisi de privilégier la consolidation et l'augmentation des retraites versées à une poignée de bénéficiaires (aujourd'hui 7000), au mépris de la charge sociale pesant sur la masse des cotisants, dont la majorité est en situation précaire (aujourd'hui 37000, demain 50000 voire plus). Ce choix d'opposer les générations et de baser ses calculs sur des seuils de revenus de 9000 voire 5000 euros, n'est pas un choix démocratique, ni juste, ni solidaire.